Les Auvergnats sont dans une impasse. Après un début de saison mitigé, la lourde défaite encaissée contre Sale, ce week-end, met les joueurs et leur encadrement devant leur responsabilité.
UNE PREMIERE CAUSE PSYCHOLOGIQUE
Au tout début de la saison et notamment après la défaite à Bayonne, tout le monde parlait d’un blocage lié à la nouvelle défaite encaissée en finale du championnat. A mon avis, les raisons de ce début de saison manqué sont un peu plus subtiles qu’une simple malédiction attachée à ce club.
Après 2 saisons passées sous la direction de Vern Cotter pendant lesquelles les exigences de travail et d’investissement personnel ont été physiquement éprouvantes de l’avis même des joueurs, le constat d’échec suite à ces 2 finales perdues a obligé, inconsciemment, les joueurs à se poser la question de savoir si les sacrifices réalisés au quotidien étaient finalement bien nécessaires puisque, de toute façon, le résultat avec la méthode Cotter était le même que celui de ces prédécesseurs. On peut sentir depuis le début de la saison une envie et une implication moindre des joueurs sur le terrain ce qui, malheureusement, est logique après ces 2 saisons terminées à chaque fois par une défaite.
UNE SECONDE CAUSE TACTIQUE
Les nouvelles règles sont venues compliquer d’autant la tache de l’entraîneur néo-zélandais en l’obligeant à prendre des décisions tactiques qui vont à l’encontre des préceptes du jeu mis en place jusque-là. En effet, Clermont évoluait depuis 2 saisons sur la base d’un jeu complet qui jouait l’alternance entre pénétration au près et jeu au large, l’utilisation du jeu au pied venant comme une arme offensive et non comme un moyen de ne pas prendre de risque.
Comme tout le monde, Vern Cotter a noté la difficulté de ne pas être sanctionné en voulant pratiquer un jeu offensif où les points de rencontre avec la défense multiplient les risques de pénalisation. Il a demandé à son maître à jouer Brock James d’utiliser le jeu au pied de manière plus systématique qu’il ne le faisait naturellement. Et c’est là que se situe un des problèmes majeur de l’équipe cette saison. Brock James fait merveille dans cette équipe depuis 2 saisons pour ses facultés d’accélérateur grâce à ses courses et ses passes au large et aussi et surtout par sa vision du jeu qui lui donne la capacité de lire les défenses et de faire les bons choix en conséquence.
Les nouvelles consignes de son entraîneur lui enlèvent toute liberté dans ses choix, ce qui faisait sa force jusque-là, et surtout l’obligent à jouer contre nature avec un jeu au pied d’une certaine manière stérile. Brock James, dans ce cadre de jeu, redevient un meneur de jeu comme les autres, bon mais sans plus. Et, pire, je crois que le reste de l’équipe se retrouve frustré et en manque d’envie par rapport à une stratégie qui va à l’encontre de ce qu’ils ont fait pendant 2 ans.
2 CAUSES QUI SE REJOIGNENT
Moins jouer alors que les entraînements sont toujours aussi durs causent une double frustration. En effet, pour un joueur, s’entraîner dur est envisageable à condition qu’il en tire un certain profit lors des matchs. C’est comme cela que Clermont a progressé pendant 2 saisons. La rigueur et l’exigence aux entraînements permettaient à l’équipe de dominer physiquement grâce à un volume de jeu supérieur auquel peu de ses adversaires pouvaient résister. Si, cette saison, le niveau de jeu et le plaisir sur le terrain baissent au profit de la défense et du jeu au pied, obligatoirement la volonté de se faire mal aux entraînements ne sera plus la même. D’une certaine manière les nouvelles règles ont créé ce cercle vicieux qui pourrit le début de saison de Clermont.
SE PARLER ENTRE QUATRE YEUX ET VITE !
La pire des choses dans une telle situation serait de ne pas communiquer. Ou de faire semblant… Que l’entraîneur reste sur ses certitudes accablant les joueurs pour leurs manques et que ces derniers fassent semblant de se remettre en question et le problème demeurera jusqu’à la fin de la saison, avec pour résultat un parcours en dents de scie qui se terminera peut-être même pas dans les 4 premiers !
La défaite contre Sale, trop grosse pour être vraie, doit servir d’électrochoc. Les joueurs doivent dire leurs 4 vérités à Vern Cotter, mettre à jour leurs frustrations par rapport à un jeu et une ambition qui ne leur correspond pas et le technicien néo-zélandais se doit d’adapter sa tactique en conséquence.
A ce sujet le meilleur exemple vient de Toulouse. Après 4 journées en dent de scie les Toulousains ont frappé un grand coup à Montauban en… se remettant à jouer le jeu complet à la Toulousaine, au diable les nouvelles règles. Aux Clermontois d’en faire de même, pour rebondir dès le week-end prochain à… Montauban.